Nouvelles technologies et création

Conférence du 12 novembre 2015 : 

Thomas Villepoux est réalisateur et chef-opérateur, il est l’un des associés fondateurs en 2004 de la société de production Consortium C. Tout d’abord directeur photo spécialisé dans la publicité et le clip, il est formé à la stéréoscopie par Alain Derobe puis par Yves Pupulin de la société Binocle. Il devient alors Directeur de la Photographie 3D pour la société Cow Prod, puis Stéréographe auprès de Binocle à partir de 2009. En 2014, il devient superviseur pour les tournages 360° et de réalité virtuelle, travaillant avec la société DVMobile.
Il participe en relief et en réalité virtuelle à des projets aussi divers que de la publicité (Bouygues Telecom, Audi, Burburry,…), des documentaires et de la fiction, mais aussi de la captation multicamera (match de football, rugby pour France Télévision, cirque, opéra, théâtre, défilé Dior, pour Orange TV, Canal +, Sky 3D…). Il est depuis 2010 formateur relief à l’INA et au CIFAP, et membre de l’association UP3D.

20110208130010-5b32e074

Dans sa conférence, Thomas Villepoux a abordé deux points principaux : le tournage d’un film en relief et le tournage d’un film en réalité virtuelle (par exemple pour les casques d’immersion). Dans les deux cas l’utilisation de nouvelles technologies influencent le processus de création.
Ainsi le tournage d’un film en relief demande de penser le film en relief et de changer certaines habitudes. Par exemple, le rendu des focales n’est pas le même et le chef opérateur doit s’adapter. Utiliser une longue focale est contre productif, puisqu’elle écrase les perspectives et il vaut mieux, même pour les gros plans de visage, utiliser une courte focale, ce qui va à l’encontre des usages. Le relief est une illusion d’optique et il faut que tous les corps de métiers présents lors de la fabrication du film oeuvrent à renforcer cette illusion et travaillent dans le même sens. Or, cela ne va pas de soi. Le stéréographe est responsable de la gestion du relief pendant tout le processus de fabrication du film, en préprod, au moment du tournage et puis en post-production. Il s’agit de coordonner les efforts afin de réfléchir globalement aux problèmes mais aussi aux potentialités ouvertes lorsqu’on choisit de faire un film en relief. Thomas Villepoux a ainsi pointé la question du choix du matériel (avec des caméras souvent très lourdes), l’importance de l’éclairage, ou l’étape du lissage de cut (à chaque coupe, on saute de convergence), éléments qui soulignent à quel point le tournage d’un film en relief entraîne des choix techniques et artistiques spécifiques. D’ailleurs, selon lui, si beaucoup de films ont été actuellement tournés en relief, très peu d’entre eux sont véritablement réalisés en relief, c’est à dire pensés pour ce médium. Afin d’expliquer les notions de convergence, de jaillissement, de rôle de la focale dans l’image, de la gestion de la profondeur de champ ou encore de la relation entre taille des objets et impression de profondeur, Thomas Villepoux a montré plusieurs des films sur lesquels il a travaillé.
Le conférencier a ensuite abordé le dispositif mis en place pour un autre type de tournage, dispositif en plein développement : celui de la réalité virtuelle (ou VR). La VR est selon lui la continuité de l’image en relief, vers toujours plus d’immersion. La réalité virtuelle demande un tournage à 360°, qui permet ensuite au spectateur d’être immergé dans l’image (pour cela le dispositif le plus efficace est le casque qui suit les mouvement de la tête du spectateur). Donc la première question est celle-ci : Où se mettre et surtout où mettre le pied de la caméra (et puis, où mettre les projecteur) ? Cela pose de façon différente la traditionnelle tension du cinéma vers la transparence. Il faut tout repenser, les dispositifs techniques, la façon de travailler entre les corps de métiers mais également les éléments d’expression cinématographique tels que le travelling. De même le plan subjectif est privilégié (le média est tellement immersif qu’il tend naturellement vers ce type de narration) mais Thomas Villepoux évoque la possibilité de réfléchir différemment et de proposer autre chose. De même, le long métrage n’est pas forcément adapté et la durée standard est actuellement de 5 minutes. On ne pense pas une séquence en VR de la même façon : comment diriger l’attention du spectateur ? Ses déplacements doivent-il déclencher une action ? Les problématiques ne sont pas du tout les mêmes que dans un film classique.
Ainsi que ce soit avec le relief ou la réalité virtuelle, le choix de ce type de dispositif pose des questions techniques mais cela interroge également notre rapport au cinéma et les moyens esthétiques et narratifs à employer.